Chapter 27 of 30

26.

La gueule du loup: L'appel De La Lune2,989 words~15 min read

Il m'avait fallu en tout 20 minutes pour comprendre comment marcher avec ces engins de torture. Selon Sam, j'avais mis moins de temps qu'une personne normale car les loups marchaient sur leurs orteils.

Nous voilà donc tous, tout notre petit groupe, devant les portes de la salle de bal.

J'acquiesçai et Amarok ouvrit la porte devant nous. Une assemblée complète se tourna vers nous. Parmi celle-ci, quelques filles perdues faisaient tâche, petites touches de couleurs dans cet océan de costards noirs. La majorité des hommes présents avaient entre 17 et 58 ans... Mais certains descendaient en dessous de cet âge . Il y avait des enfants dans la salle. Et tous n'avaient qu'une seule idée en tête, du moins parmi les plus vieux, il fallait que je m'unisse à leur famille par tous les moyens. Y compris en me promettant à leur fils de 7 ans ... Quelle grosse blague.

Je déglutis et Sam m'accrocha à son bras pour que j'avance. Dans un coin, j'aperçus mon père et Crystal. S'il hésita un peu, elle non et s'avança fièrement vers moi. Sa robe bleu ciel lui descendait jusqu'au pied et le bruit de ses talons qui claquaient sur le sol résonnait dans cette grande salle où tout le monde avait fait silence.

- Bonsoir ma chérie, chanta-t-elle presque, tant sa voix claire était gaie. Tu es magnifique ce soir.

- Merci, répondis-je timidement, toi aussi. Lucas n'est pas avec vous?

- Nous avons pensé qu'il était un peu jeune pour ce genre d'événement.

Son reproche à peine déguisé fit ricaner Sam et détourner le regard à la foule d'oreilles baladeuses. Les conversations reprirent alors sans plus se soucier de moi, du moins en apparence. Je remerciai silencieusement ma belle-mère qui me répondit "y a pas de quoi" de la même manière.

Je pus observer la salle en attendant que papa arrive jusqu'à moi, alors que Rick, Olivier et Apollon se dispersaient pour saluer ceux qu'ils connaissaient. Apparemment, Amarok s'était autoproclamé garde du corps pour la soirée, puisqu'il ne bougea pas d'un pouce. Mais quelque part ... Je trouvais ça rassurant. Sam trouvait ça énervant, mais passons. La salle était richement décorée dans les tons or et argent et tout le pourtour de la salle était parcouru de tables décorées de fleurs séchées et coupées. Cela me fit un peu mal au cœur, mais je ne réagis pas.

Alors que la tension redescendait doucement elle remonta d'un coup alors que chacun sentait la puissance de l'Alpha suprême. Celui-ci avait choisi la grande entrée, depuis le haut d'escaliers imposants. Il était vêtu basiquement de la même façon que tous les hommes dans la pièce ... Si ce n'est qu'il avait rajouté une cape rouge sang passée par-dessus une épaule, à la façon des rois d'antans. Pas du tout de trop le mec.

- Bienvenue à tous, mes amis, s'écria-t-il dans la salle.

L'attention se porta tout de suite sur lui.

- Nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer l'avènement d'une nouvelle ère. Une nouvelle Mater Lupa nous a rejoint sur cette Terre, grâce à la déesse. Viens vers moi, Violette.

Je me sentis rougir intérieurement. Une colonne se forma, j'étais Moïse et la mer s'ouvrait devant moi.

Tu veux que je vienne?

Les pensées d'Amarok m'envoyèrent un frisson le long de l'échine et je hochai imperceptiblement la tête.

Il s'avança à mon côté pendant que Sam m'envoyait par la pensée tout ce qui pourrait potentiellement m'aider en terme de confiance en soi et de tenue en société.

Amarok prit ma main et me conduisit au pied de l'escalier sous l'œil mauvais et envieux des autres mâles de la pièce. Les filles, maintenant que j'y faisais attention, laissaient leurs pensées vagabonder, se rendant bien compte que tous les mâles présents, à moins d'un coup de foudre avec l'un d'eux, me considéraient comme le seul parti valable de la soirée. Je trouvais cela un peu triste pour elles, mais elles semblaient s'en accommoder et profitaient de la soirée en se réunissant en groupe dans des coins de la salle.

Le silence qui pesait autour de nous me semblait lourd. Je remarquai du coin de l'œil qu'une des plantes sur les tables semblait avoir pris vie, ses feuilles brunes se tordant pour sortir de son vase. D'un geste de la main, je stoppai l'avancée végétale et contrôlai comme je le pouvais mes émotions. Amarok dû m'abandonner en bas de l'escalier et je le montai donc seule pour rejoindre Charles. À mesure que j'avançais, le dégoût me montait de plus en plus et ma colère envers lui aussi.

Lorsque j'arrivai à son niveau, il me prit la main et je me retins à grande peine de me dégager.

- Cette nouvelle ère commence aujourd'hui et maintenant. Lorsque la Mater Lupa se liera, une nouvelle génération d'Alphas suprême naîtra de cette union.

Et dans sa tête, il était clair qu'il serait le départ de cette prochaine portée de bébés loups.

Les Alphas crièrent leur joie, tous convaincus que la place serait pour eux. Vraiment génial. J'étais face à une foule d'animaux qui me considéraient comme un four à bébés. Seuls quelques-uns pensaient que quand même.... On ne vivait plus au Moyen-Âge.

Papa était désespéré, Rick abattu et Amarok... Furieux.

Après, Rick était toujours abattu. J'avais fini par comprendre que ça datait de la disparition de la mère d'Amarok, son lien. Il pensait à elle presque constamment dès qu'il en avait l'occasion et pleurait intérieurement tous les jours. La joie.

Dès que je pus, je m'échappai des griffes de l'Alpha et allai prendre place entre papa et Sam alors que tout le monde prenait place.

Amarok était deux places plus loin et discutait avec un jeune homme de plus ou moins notre âge, qu'il avait l'air de bien connaître.

Les discussions allant bon train, je finis par ne presque plus ressentir les coups d'œil qui m'étaient lancés. Certains venaient se présenter d'eux-mêmes, ou alors leurs fils, mais leurs noms plongeaient dans un abîme de désintérêt et d'oubli de mon côté. Charles se leva et je pus voir qu'il n'en avait pas fini avec moi. Il comptait me faire lier ce soir, ou du moins que je choisisse avec qui j'allais rester pour le restant de mes jours. Cela me hérissa et me dégoûta un peu plus.

- Chers amis, il est maintenant temps d'entendre notre Mater Lupa s'exprimer sur son choix d'époux. Il me semble que vous avez désormais tous fait sa connaissance.

Ah bon? Je n'avais même pas remarqué.

- Lève-toi, me demanda-t-il, et désigne celui que tu as choisi. Puis, révèle nous ton pouvoir afin qu'il nous bénisse et nous profite.

Je me levai, retenant ma colère d'éclater. Je sentais que ma louve tentait de prendre le contrôle pour lui arracher la tête mais je me bornai à laisser mes griffes pousser pour déchirer légèrement la nappe. Quand mon père le vit, il cacha ma main en la recouvrant de la sienne et quand Amarok et Sam le virent, ils paniquèrent un peu.

- Pouvez-vous me dire à quel siècle nous vivons, Alpha Charles?

Il y eut une vague d'indignation murmurée, ce qui était inutile dans une assemblée pareille. La plupart des protestations venaient du fait que j'ouvrais ma grande bouche alors qu'on me demandait juste de pointer quelqu'un du doigt. Charles se crispa mais me répondit calmement.

- Au 21ème.

- Et savez vous quel est mon âge?

- Comme toutes les Mater Lupa, tu dois t'être manifestée à 16 ans, non?

- Et donc vous attendez de moi qu'au 21ème siècle, je me lie à vie à l'un d'entre vous?

Deuxième vague de protestations. Pour eux ça allait de soi.

- Je refuse de me lier avec qui que ce soit aujourd'hui, dis-je bien fort par-dessus les cris d'indignation. Je prendrai un compagnon quand je le déciderai et surtout pas quand vous me le demanderez!

Je me rassis et l'Alpha me regarda sévèrement par-dessus son verre. S'il comptait sur mon consentement, il pouvait se le carrer là où je pense. Les plats furent apportés par une troupe d'omégas bien habillés, tous engagés pour la soirée .

Après que nous ayons mangé dans une ambiance tendue, je pus voir certaines filles sourire, heureuse de pouvoir tenter d'être au centre de la soirée. Grand bien leur fasse, moi je n'avais pas l'intention de bouger de ma chaise, ce que je fis bien comprendre à tous ceux qui m'approchaient pour m'inviter à danser après que le repas fût fini.

Pour me soutenir, ou parce que ça le soulait, Amarok ne bougea pas de sa chaise malgré les demoiselles qui venaient l'inviter. Sam par contre, avait pris la première main qu'on lui avait tendue, bien décidée à s'amuser, et elle tournoyait maintenant de cavalier en cavalier.

En soupirant, je me dirigeai vers l'entrée du jardin pour respirer l'air frais loin de ces mecs bien lourds. J'avais tout vu passer devant moi, de la mère me présentant son plus jeune fils, à peine 7 ans, au "vieux" célibataire qui m'avait attendu toute sa vie, maintenant trentenaire, en passant par les fils d'Alphas de mon âge ou plus ou moins, engoncés dans des costards qu'ils semblaient détester.

Dehors, un parc s'étendait devant moi. Je respirai un grand coup, laissant l'énergie des plantes à mes pieds remonter lentement dans mon corps avant de redescendre en vague agréable et douce... Là je fais la maline, mais honnêtement si ça avait été autre chose que de l'herbe et des fleurs des champs, je me serais probablement évanouie.

Les bruits de pas derrière moi me surprirent. Papa et Crystal s'approchaient de moi, dans le silence.

- Tu... Me parais perturbée, commença papa.

- Je... J'ai pris une décision, enchaînai-je.

Ma belle-mère me sourit tristement.

- Depuis quand?

- Depuis ma transformation, avouai-je.

Mon père souffla, les yeux fermés, pour se calmer.

- Et qu'elle est-elle cette décision?

- Je vais partir. Loin. De préférence dans un lieu sans loups-garous.

Crystal eut un sanglot et papa prit cela comme une condamnation. Doucement, je le pris dans mes bras, puis inclus la blonde dans l'étreinte. Papa me baisa le front et Crystal la joue, en gage de bénédiction.

Ils me laissèrent réfléchir, seule. Après quelques minutes passées loin de la salle, je retournai vers celle-ci. Mais alors que je voulais précisément éviter tout le monde, je croisai Amarok, qui m'observait. Il avait entendu notre conversation, car il était sorti peu après nous. Cependant, personne d'autre n'aurait pu, ce qui me soulagea un peu.

- Tu vas... Vraiment partir?

- Ils peuvent entendre? fis-je en désignant la salle d'un coup de tête.

- Non, on est hors de portée.

- Tu... Tu étais au courant pour l'accord?

- Bien sûr, soupira-t-il. Mais je ne t'aurai pas imposé d'être mienne de toute façon.

- C'est pourtant ce que tu as fait l'autre jour, répondis-je en évoquant notre dispute.

Il y eut un silence, presque pesant. Nous étions gênés tous les deux.

Il me tendit la main, en détournant le visage. Je voulus le rembarrer, mais il m'arrêta.

- Prend ça comme un signe d'au revoir. Ta dernière danse, sourit-il.

Je ris en baissant la tête et finis par prendre sa main. C'était dans ces moments-là que j'avais envie de lui pardonner. Mais je ne pouvais pas. Pas maintenant. Pas alors que j'allais partir. Ce serait trop cruel.

Nous retournâmes main dans la main vers la salle de bal où une nouvelle musique démarrait. Une valse, si je comprenais bien.

Une main sur l'épaule d'Amarok, l'autre dans sa main, lui sa main libre sur ma taille. Maintenant que je faisais attention à lui, et comment faire autrement avec son visage juste en face de moi, il n'était pas coincé dans un costard comme les autres, portant simplement une chemise noire et légèrement ouverte, les coutures cousues en rouges.

Nous étions en train de virevolter au milieu de la piste et si je n'avais aucune idée de ce que j'étais en train de faire, Amarok me guidait fluidement et je recevais le soutien intempestif et un peu envahissant de Sam à distance

Lorsque la musique se finit, je mimai un merci du bout des lèvres à Amarok, puis m'avançai pour sortir de la salle, mais je me fis intercepter par Charles.

Mon... Ami voulut s'interposer, mais Sam le retint. Elle avait raison, je devais me sortir de là toute seule. La danse suivante démarra immédiatement et la prise ferme de l'Alpha me dérangea.

- Chère amie, persifla-t-il à mon oreille ou presque, il serait temps de redescendre sur Terre et de t'allier au plus puissant.

- J'imagine que vous parlez de vous là, grinçai-je alors que tout le monde dans la salle faisait un gros semblant de rien mental. Seuls mes proches me soutenaient.

- Et de qui d'autre?

- Lâchez-moi. Tout de suite.

- Je ne crois pas.

Sa poigne se fit plus forte et ma colère et ma panique plus grandes.

Alors je les sentis.

Les plantes qui ornaient les tables répondirent à ce que je ressentais, se répandirent en un espèce de filet vert qui lança presque un mouvement de panique parmi les convives et qui se mirent à grimper sur les chevilles de l'Alpha.

- Mais qu'est-ce que-

Il vit mes yeux et recula. J'imagine qu'ils devaient être violets.

- Quand je dis lâche moi, dis-je de cette voix basse et profonde qui caractérisait ma louve, ça veut dire lâche moi.

Je fonçai vers la sortie en courant et retournai dans ma chambre à toute vitesse.

Je remplis ma valise de ce que je trouvais, balançant mes talons dans un coin de la pièce. Je me tournai vers la porte lorsque Sam la passa. Elle le regarda et, sans un mot, m'aida à faire mon bagage.

À l'intérieur, c'était toujours le bazar, papa, Amarok, Crystal, Apollon et Rick participant activement à répandre le chaos pour faciliter mon évasion.

Elle m'accompagna jusqu'à la porte et quand elle l'ouvrit, je vis tous les omégas qui avaient servis à la soirée devant moi, en un bloc. J'eus peur qu'ils veuillent m'arrêter, m'attendis à ce qu'ils le fassent, mais au lieu de ça, ils s'inclinèrent et s'écartèrent. Ils te reconnaissent comme Mater Lupa, m'informa Sam. Même sa pensée était basse tant elle était choquée. Tu as leur respect et leur allégeance.

Je retins quelques larmes et passai au milieu d'eux en les remerciant.

Je traversai le village à toute vitesse, pieds nus et un sac de sport pour seul bagage.

J'allais atteindre la forêt salvatrice qui me permettrait de me cacher le temps de trouver une solution, mais je me fis renverser par une masse sombre et lourde. Jetée sur le côté, ma tête heurta un rocher mais je ne me sentis mal que pendant un quart de seconde, ma nature soignant dans la seconde ma blessure potentielle à la tête.

- Qui...

La réponse m'apparut dans les yeux orangés de l'Alpha face à moi. C'était Charles. Il grognait, les dents en avant et l'écume aux lèvres.

- Puisque tu le prends comme ça...

Je ne savais pas trop comment m'y prendre, mais je laissai ma louve m'envahir. Jusqu'ici, je me sentais en harmonie avec elle, mais là, je la laissai prendre toute la place.

Mes os craquèrent en même temps que mes vêtements et je me relevai sous ma forme lupine, tout aussi énervée que mon adversaire.

Celui-ci me sauta dessus, dans le but de me dominer. Sauf que je n'étais pas franchement d'accord et je l'attaquai donc en retour.

Entre deux coups superflus, il m'entailla profondément la patte avant droite, me mordit la croupe et moi je lui griffai le visage. La bagarre tournait à mon désavantage... Pas par manque de combativité, mais plutôt par manque d'expérience... Non je ne me cherche pas d'excuse.

Je l'attrapai au cou et tentai de lui arracher la gorge, mais il se dégagea et m'envoya dans un tronc d'arbre. J'étais assommée et rien ne répondait à mon appel, me noyant plutôt sous des informations inutiles et je luttais pour ne pas m'évanouir en plus de lutter contre l'Alpha suprême. Génial.

Celui-ci s'approcha de moi et alors qu'il allait me mordre le cou pour asseoir son autorité, une autre force entra en jeu. Les arbres réagirent, mais pas à moi, et plaquèrent le loup couleur cuivre au sol. Puis, elles l'entraînèrent au loin. Perso, j'avais de plus en plus de mal à rester consciente.

Lorsque je relevai les yeux, devant moi se tenait un femme à la peau ocre, ses cheveux gris retenus dans un chignon qui partait un peu dans tous les sens. Elle portait des vêtements modernes, bien que clairement inspirés du mouvement hippie et surtout, fait assez important: à la main, elle avait une énorme crosse taillée dans un bois un peu grossier, avec dans la spirale de celle-ci, des tas de babioles colorées en verres ou en bois.

Elle s'accroupit devant moi.

- Et bien petite, dit-elle avec un accent bizarre, ta grand-mère n'exagérait pas.

Elle me caressa la joue.

- Je vais te ramener chez moi. Mais d'abord il faut que tu te lèves.

Avec difficulté, je m'exécutai. Elle ramassa mon sac et me soutint comme elle put jusqu'à un cercle tracé plus loin.

Je regardai une fois en arrière et eus des regrets, de léger regrets...

Puis je regardai vers l'avant et entrai dans le cercle de téléportation.

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Bon... Est-ce que vous êtes tristes si je vous dis que ceci est le dernier "vrai" chapitre de cette histoire ? Et oui, ici prend fin "L'appel de la lune". Enfin presque hein, y a un épilogue quand même, on est pas des chiens.

Sinon niveau vie, première journée de cours complète aujourd'hui, je poste en attendant mon putain de train qui a 10 minutes de retard 🤡.

Bref, gros bisous et à la semaine prochaine pour le dernier chapitre de "La gueule du loup: l'appel de la lune" (aka ce que vous lisez actuellement mdrr) <3

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